Mardi dernier, de fortes pluies se sont abattues sur le centre de l’île. D’énormes dégâts ont été provoqués par le débordement de cours d’eau. Heureusement, il n’y a pas eu de victimes humaines. Mais tout laisse à croire que des tragédies sont inévitables si l’urbanisation n’est pas mieux réglementée.

 

 

« Ca fait quarante ans que j’habite là et je n’avais jamais observé une montée des eaux aussi importante que celle que nous avons vécue aujourd’hui. » Mardi soir, cinq heures après le début des inondations de son quartier de Coconi à Chiconi, Toihir était encore la pelle à la main en train de déblayer la boue qui a envahit sa cour.

 

Les 16 plus long minuit d'une vie, inondation à chiconi

Posté par Zamani Talouha sur mercredi 27 janvier 2016

Un peu plus haut dans le village de Ouangani, là où tout a commencé, là aussi, l’émotion a été a son comble. Mariama Saïd Haribou, habitante du quartier Kavani Bé, à quelques pas de la mairie, du cimetière et de l’école maternelle de Ouangani indique avec soulagement : 
« Vraiment, on a cru qu’on allait y passer. C’est un véritable raz-de-marée auquel nous avons assisté. Les murs qui clôturent le cimetière et l'école maternelle ont été balayés. »

 

Un tsunami qui a tout emporté

En effet, la rivière Ouangani a quitté son lit. Le pont situé près du cimetière a été obstrué par de la boue, des déchets et des branchages. L’eau a donc cherché un chemin pour s’écouler. Dans un premier temps, elle s’est accumulée dans le cimetière, jusqu’à ce que le mur de clôture ne cède sous la pression. Cela a provoqué un tsunami qui a tout emporté.

 

Vidéo de Touridi Soufou Mari, mardi dernier à Ouangani. Les images parlent d'elles-mêmes.

Posté par 101Mag - Mayotte sur vendredi 29 janvier 2016

 

La rivière Ouangani se jette dans la rivière Coconi tout comme une autre rivière en provenance des hauts de Mangajou. Pas étonnant donc qu’il y ait eu des dégâts d’autant plus que ces cours d’eau pour la plupart ont été déviés pour la construction de maisons ou de bâtiments.

 

Le mur qui cloturait le cimetière de Ouangani n'a pas résisté à la pression de l'eau accumulée dans le lieu de recueillement.

La nature reprend ses droits

Mais si la nature pendant un certain temps se laisse dompter, un jour où l’autre, elle finit par reprendre ses droits. Et c’est bien ce qui s’est passé mardi dans le centre de l’île. La nature est venue rappeler qu’au milieu coulaient des rivières.

Pourtant, personne ne peut dire que la situation est nouvelle. L’atlas des risques naturels et des vulnérabilités territoriales de Mayotte situe les zones sinistrées en zone inondable. Mardi soir, les premiers adjoints des communes de Chiconi et Sada Djouma Madi et Ibrahim Salam Antoine ont supervisé le dégagement de la RN2 et de la RD16, voies principales entourées par les différents bras de la rivière Coconi. Ils ont affirmé :

« Nous allons demander l’état de catastrophe naturelle à l’Etat .»

Ces véhicules étaient garés plus haut sur la RN2 à Chiconi. Ils ont été emportés comme un conteneur de 20 pieds par la force des flots issus de la rivière Coconi.

Toutefois, leur démarche risque d’être contrariée puisque Mayotte n’était pas en vigilance fortes pluies ce jour-là. De plus, Bertrand Laviec, le délégué régional de Météo France a souligné que les précipitations tombées ce jour-là n’avaient rien d’exceptionnel.

 

Une vulnérabilité renforcée par l'action humaine

La vulnérabilité des zones inondées a donc été augmentée par des comportements inappropriés. A Chiconi, les habitants ont dénoncé le sous-dimensionnement des buses qui passent sous la RN2 et qui ont conduit l’eau à quitté son cheminement. A Ouangani, il en est de même. Mariama Saïd Haribou affirme avoir alerté à plusieurs reprises les services municipaux pour curer le caniveau qui évacue l’eau de pluie devant chez elle. Elle déplore :
« Je n’ai eu aucune réponse. A chaque saison des pluies, on a droit à la montée des eaux et nous demandons à la mairie de faire en sorte que nous soyons épargnés. »Les habitants du quartier de Coconi à Chiconi ont dû balayer jusqu'à tard dans la nuit pour ôter la boue de leurs habitations.

Souvent, des personnes défrichent les abords des cours d’eau, montent des murs de soutènement et ne se soucient pas des habitations qui se situent en aval. Il est donc nécessaire de faire prendre conscience qu’il n’est plus possible de construire n’importe où, n’importe comment. Où sinon, d’autres catastrophes se produiront et on mettra cela encore une fois sur le compte de la fatalité.

 

Faïd Souhaïli

 

Pour aller plus loin sur les risques naturels :
Le site du gouvernement sur la prévention des risques majeurs
L
e projet de plan de gestion des risques d'inondations de Mayotte (PDF)