Un article paru dans le Quotidien le 23 décembre 2017 et critiqué par le syndicat SUD EDUCATON REUNION, met en évidence une situation bien réelle du traitement réservé aux élèves mahorais dans les établissements scolaires de l’Education Nationale (à Mayotte comme à la Réunion), et du mépris manifeste de certaines autorités relativement au statut de Mayotte, aujourd’hui département et région d’outre-mer.

A cet égard, une inspectrice générale du Ministère de l’Education Nationale et philosophe de surcroit, Madame B. Sitbon, nouvellement arrivée sur l’île de la Réunion, s’est fait tristement remarquée. En effet, lors d’une réunion pédagogique le jeudi 14 décembre 2018, à laquelle ont pris part tous les enseignants de philosophie du lycée Evariste de Parny (Saint Paul), elle n’a pas mâché ses mots. C’est avec une véhémence insoutenable qu’elle s’est attaquée au style vestimentaire de jeunes filles originaires de Mayotte, et qui constitue pour ainsi dire des signes identitaires, culturels, religieux. Elle a clairement manifesté sa volonté de les voir disparaître (1). Le même sort doit être réservé à ce qu’elle considère comme « déchet » pour la République. Et tout « déchet » doit être remis à sa place. Ici, notre représentante de l’Etat ne s’embarrasse pas outre mesure, se permettant même de donner son point de vue sur le statut de Mayotte, devant être « rendue » aux Comores. Il ne fait aucun doute que l’incroyable violence du propos est incitatrice à la haine contre les élèves mahorais scolarisés à la Réunion, réclamant au mépris du contexte et de la réalité locaux une application rigoureuse et même dénaturée de la loi 2004 interdisant tous signes religieux dans les espaces publiques.

kishaliA Mayotte, de nombreuses élèves portent le kishali, le foulard traditionnel, sans que cela ne pose de gros problèmes.

C’est donc ainsi que fonctionnent nos représentants. Ils prônent sur une page l’éducation pour tous, feignent de militer pour l’ouverture de l’esprit, l’échange culturel, l’inter culturalité, le respect des différences, l’altérité, mais ne s’embarrassent toutefois pas d’injurier, de stigmatiser l’autre parce qu’il est considéré différent, un intrus pour ainsi dire et qui n’a rien à faire là. Et ces comportements d’un autre temps font fi de l’histoire, de la culture d’un territoire de la République, ainsi qu’aux valeurs de tolérance et de vivre ensemble pourtant prônées par la Constitution française.

Le Mahorais de religion et de culture musulmane a hérité des signes qui le singularisent au même titre d’ailleurs que le Métropolitain, le Réunionnais, l'Hindou, le Chinois, etc. Et cela ne saurait être considéré comme un fard, justifiant d’être pointé du doigt et stigmatisé. A la Réunion, l’élève mahorais en tant que citoyen français mérite le respect, jusque dans ce qu’il a de plus cher, ce qui le caractérise, en somme son identité, au nom de la pluralité des Outremers.

Par ailleurs, rappelons que la Réunion est l’illustre île de la diversité et de la tolérance. Elles sont dans son identité même. La paix y règne parce que l’île repose sur l’union de la diversité. Ici, la tolérance tient solidement dans ses mains la différence, le respect de l’autre pour une meilleure vie dans la paix et l’harmonie.

HanimaFoulardHanima Ibrahima, maire de Chirongui porte le kishali.

Nous ne sommes pas ici face à une pratique ostentatoire et provocatrice imputable à une religion et qui s’inscrirait en porte-à-faux avec les valeurs de la République ou encore la laïcité. Celle-ci y trouve bien au contraire toute sa résonance tolérante et sa valeur d’expression de liberté des uns et des autres, et ce précisément parce que l’histoire de l’île est prise en compte. Un travail d’envergure a été réalisé à ce sujet et a donné naissance à un guide sur La laïcité pratique de La Réunion en 2016, que faut-il en faire ? Faut-il faire table rase sur ce qui est fait et revenir sur le débat une nouvelle fois ?

Pourquoi alors toutes ces vagues dévastatrices et destructrices du symbole même du vouloir vivre ensemble ? Lorsque la différence constitue une richesse, n’est-elle pas un jardin où poussent des roses nécessitant donc d’être bien entretenues ? Qu’est-ce que la laïcité finalement si nous devons l’observer à la lumière des propos de Mme l’inspectrice ? N’est-ce pas là encourager l’abolition des différences qui constituent la singularité des uns et des autres ? La laïcité nous permet-elle d’exprimer ses opinions politiques dans le seul but d’offenser l’autre par cela seul qu’il est différent ?

Jumelles-FoulardLe kishali se porte aussi sur les terrains de football à Mayotte.

 

On ne croyait pas les anciens lorsqu’ils nous mettaient en garde contre l’école, « cette chose va vous changer ». Oui répondions-nous. Et nous serons enfin instruits et jouirons de la vraie liberté de celui qui sait, qui se respecte et qui respecte l’autre. Aujourd’hui, certains se demandent si l’école n’est pas finalement le lieu où l’enfant doit se dépouiller de tout ce qui a fait ce qu’il est, de son identité, de sa culture pour se vêtir de l’habit de la République. Mais qu’est-ce que l’habit de la République dans son principe ? Que traduit-il ? Doit-elle s’entendre de la culture occidentale ? Devrons-nous alors renier la diversité des Outremers pourtant reconnue et proclamée dans la Constitution française ? Est-ce cela le message de l’Education nationale ?

Les Réunionnais ont condamné cette offense qui menace le cœur de la stabilité sociale de leur île dans cet article. Mais que diront les Mahorais ? Les injuriés ? Doivent-ils acquiescer et se dire fatalement qu’il en est ainsi ? Doivent-ils comprendre qu’en choisissant d’être français, ils ont renié ce qui les caractérisent intrinsèquement ? Doivent-ils enfin avoir honte de ce qu’ils ont ? Le Mahorais devrait défendre fort et sans peur sa singularité qui lui confère et conforte toute sa place au sein de la République française.

Nous osons espérer que par des voix diverses et toujours paisibles, les hommes de tous les coins du monde se considèreront enfin avec respect dans leur humanité, dans leur diversité et dans leur singularité, parce qu’à chacun son histoire.

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(1) Ici en occurrence le kishali ou le foulard quelque soit la manière de le porter.