Jeanine Assani Issouf a eu droit un accueil digne d’une reine samedi. En plus de sa famille, tous les officiels, politiques ou sportifs sont venus lui rendre un hommage appuyé. Mais désormais, que peut-elle attendre de Mayotte ?

 

« Vous ne vous êtes pas qualifiée pour la finale olympique, mais vous êtes entrée dans l’histoire du sport mahorais en étant la première sportive de notre île à participer aux Jeux olympiques. » Harouna Colo, maire de Mtzamboro a ainsi marqué la portée de la performance de Jeanine Assani Issouf. Madi Vita, président du Comité régional olympique et sportif (CROS) en a fait de même en soulignant que la performance était historique et que le CROS avait argumenté en ce sens pour obtenir la venue de la Limougeaude. En effet, le CROS a pris en charge le billet d’avion, ainsi qu’une voiture de location de l’athlète. Le vice-rectorat et l’UNSS se chargent de son programme pour aller à la rencontre des élèves de l’île. L’ADAM, l’association pour le développement de l’athlétisme est associé à la démarche, initiée au départ par la mairie de Mtzamboro.

Bref, pour faire venir l’athlète (âgée de 24 ans, c’est seulement la deuxième fois de sa vie qu’elle met les pieds à Mayotte), l’union sacrée s’est réalisée.

De nombreux élus politiques et représentants du monde sportif ont entouré Jeanine à sa descente de la barge.

C’est assez rare pour être souligné. Tout le monde s’est félicité du parcours de Jeanine et du fait qu’elle sera désormais une ambassadrice de Mayotte partout où elle ira.

Mais, il faut souligner que si elle est devenue l’athlète qu’elle est aujourd’hui, Mayotte n’y est pas pour grand-chose. Certes, ses parents sont de Hamjago, Mbouini et Pamandzi. Mais elle a grandi à Limoges, n’a jamais reçu un centime d’aide de Mayotte jusqu’à cette année hormis pour cette visite. Elle n'a donc jamais été licenciée dans un club mahorais.

 

Une campagne de crowdfunding pour boucler son budget de 30 000 €

 

Alors est-ce que les choses vont changer ? Rien n’est moins sûr. Du côté de la mairie de Mtzamboro, on souhaite un partenariat avec l’athlète dans le but de développer les infrastructures sportives. Du côté du département, rien n’a été annoncé. L’athlète n’a rien dit non plus en ce sens. Par contre, ses proches ont lâché quelques mots. « Ce serait bien d’avoir une aide, un soutien pour elle, elle a fait tellement de sacrifices » ont-ils dit.

En effet, Jeanine Assani Issouf, toute championne de France qu’elle est, ne vit pas de sa passion, contrairement à des stars comme Usain Bolt. Pour boucler son budget pour les Jeux olympiques (30 000 €), elle a dû lancer une campagne de crowdfunding (financement participatif) comme elle l’a dit à Ibrahim Yahaya dans l’émission « Le témoin de midi ».

 
Radiovision : témoin de midi

Pour gagner sa vie, elle occupe un poste d’assistante logistique à la Structure associée de formation de Limoges, qui dépend du CREPS de Poitiers. Ponctuellement, une aide du département ou de la commune de Mtzamboro pourrait lui faire du bien, en plus d’avoir une exposition internationale avec Jeanine Assani Issouf.

Oui, mais voilà, nos collectivités en-ont-elles les moyens ? Et pas sûr que la ville de Limoges ou la région Poitou-Charentes seraient d’accord de partager l’affiche avec Mayotte.

 

Un seul stade homologué par l'IAAF en Jamaïque, une pléthore de sprinteurs de niveau international

 

Les langues perfides disent que Jeanine Assani Issouf n’a pas été formée en partie à Mayotte, comme les footballeurs Toifilou Maoulida, El Fardou Ben Mohamed ou encore Faïz Sélémani. Et au vu de la situation actuelle, sans stade digne de ce nom et avec un nombre de clubs réduit à peau de chagrin, ce n’est pas demain qu’un athlète de haut niveau percera. Il n’y a pas forcément besoin de beaucoup de stades. Sébastien Synave, le président du Racing Club de Mamoudzou et Myriam Mlazahahé, une des athlètes qu’il a formée aiment à dire qu’en Jamaïque, il n’y a qu’un seul stade homologué par l’IAAF, la fédération internationale d’athlétisme. Et la Jamaïque ne cesse de produire des sprinteurs de talent.

Les parents de Jeanine Assani Issouf

Ce qui fait la différence, c’est donc la qualité de l’encadrement. Des hommes et des femmes compétents qui développent le potentiel présent chez nous. Et avec le soutien des collectivités locales, comme cela se fait ailleurs en France. Espérons donc pour Jeanine Assani Issouf, les choses pourront changer. Et que sa réussite permettra de donner un coup de fouet à l’athlétisme, une discipline à la peine. Et qu’un jour peut-être, Mayotte pourra être fière d’avoir formé en partie des sportifs de haut niveau, à l’instar de la Guadeloupe, la Réunion, la Martinique ou la Guyane.

 

Faïd SOUHAÏLI