Ibrahim Ben Ali, président du Cosic et Philippe Hao Thyn Voon, président du CIJ

Mardi dernier, le Conseil international des Jeux (CIJ) s’est réuni à la Réunion pour attribuer définitivement l’organisation des 10e Jeux des îles de l’océan Indien à Maurice. Initialement désignées, les Comores se sont vues retirer l’organisation et ce n’est pas la première fois au grand désespoir des sportifs et amateurs de sport des Comores.

 

 

« Le ridicule ne tue pas ». C’est avec ce proverbe que BM Gondet, journaliste sportif de la Gazette des Comores a qualifié la décision du CIJ de retirer l’organisation des 10e Jeux des îles aux Comores. Celui-ci ne critique pas forcément les membres du CIJ, mais plutôt les représentants du gouvernement et du mouvement sportif comorien qui n’ont pas su convaincre le CIJ du sérieux de leur dossier.Le stade de Malouzini d'une capacité de 10 000 places doit être achevé d'ici fin 2018 par les Chinois. Source SFR.RE http://news.sfr.re/Comores-Le-stade-international-de-Malouzini-fin-pret-en-novembre-2018_a7140.html

L’attribution des Jeux 2019 aurait dû être validée en 2013. Les Comores s’étaient portées candidates depuis 2011. Depuis leur création en 1979, les JIOI n’y ont jamais été organisés, donc le CIJ était plutôt favorable à cette idée. Toutefois en 2013, le dossier de candidature n’était pas complet. Le CIJ a donc décidé de laisser un délai supplémentaire aux Comores pour l’affiner et surtout apporter des garanties. « Les organisateurs doivent présenter un dossier qui respecte le cahier des charges et avoir la garantie de leur gouvernement. Mayotte a voulu se positionner pour 2019, mais l’Etat ne s’est pas porté garant, ce qui de fait n’a pas permis de poser notre candidature » explique Madi Vita, président du Comité régional olympique et sportif de Mayotte (CROS) et membre du CIJ.

Les Comoriens avaient dans un premier temps jusqu’au 31 juillet 2015 pour compléter leur dossier. À cette date, malgré l’assurance de la construction d’un complexe sportif par les Chinois à Malouzini au sud de Moroni, et des visites sur le terrain des membres du CIJ, le dossier comportait surtout des études de faisabilité. « Ce que le CIJ voulait, c’était des avancées concrètes. Se baser que sur des études de faisabilité, c’était prendre un risque conséquent sur la tenue de la compétition. Personne ne doute de la volonté des Comoriens d’organiser les JIOI ni de l’engouement populaire qu’ils susciteraient sur place. Mais cela n’a pas suffi » précise Madi Vita.Si les Comores n'ont pas les installations suffisantes pour organiser les Jeux des îles, elles accueillent en revanche les compétitions internationales de football comme la ligue des Champions africaine (ici la confrontation Coin Nord contre les Mauriciens de Curepipe en 2008)

Lors de la présentation du 20 octobre, aucune nouveauté n’a été présentée aux membres du CIJ. Et l’absence des représentants du gouvernement a refroidi les membres du CIJ. Pour sauver l’existence même de cette compétition sportive, l’île Maurice s’est donc proposé de remplacer au pied levé les Comores. Comme en 1979 et en 1998, rappellent BM Gondet et Madi Vita.

 

Se baser que sur des études de faisabilité, c’était prendre un risque conséquent sur la tenue de la compétition. Personne ne doute de la volonté des Comoriens d’organiser les JIOI ni de l’engouement populaire qu’ils susciteraient sur place.

 

Mais les représentants comoriens crient au vol. Dans les colonnes du quotidien d’Etat Al-Watwan, Hamada Madi Boléro, directeur de cabinet du président comorien Ikililou Dhoinine, estime que le CIJ était informé de son retard et qu’il aurait dû l‘attendre pour la tenue de sa réunion. Le président du Comité olympique et sportif des îles Comores (Cosic) Ibrahim Ben Ali s’interroge même sur la place des Comores au sein des JIOI et se demande s’il ne vaudrait pas mieux que les Comores se tournent vers les organisations régionales sportives du continent africain. Enfin, il est diversement reproché au président mauricien du CIJ Phillipe Hao Thyn Voon d’avoir favorisé son pays et à l’état français d’avoir politisé cette réunion en réaction du retrait de la délégation comorienne lors des derniers Jeux en août 2015.En 2008, le stade de Beaumer de Moroni avait une aire de jeu sablonée. Désormais, le satde a une pelouse synthétique homologuée pour les rencontres internationales de la FIFA et de la CAF.

Mais beaucoup estiment que les autorités comoriennes n’ont pas fait ce qu’il fallait. Et qu’elles ont raté l’occasion de donner un vrai coup de pouce au sport comorien. En effet, pour toutes les autres îles déjà organisatrices (Réunion, Maurice, Madagascar, Seychelles), la tenue des JIOI a permis de bâtir de nouvelles infrastructures ou de rénover l’existant (stades, gymnases, halles sportives, routes, villages des jeux, etc.). Les élus mahorais veulent accueillir les JIOI en 2023 et pour Madi Vita, seul un tel événement pourrait booster la construction d’installations sportives sur notre île.

Pour Mayotte, l’attribution des JIOI à Maurice laisse la porte ouverte à l’utilisation des symboles français. Cela n’aurait pas été possible si les Comores étaient les organisateurs des JIOI 2019. Là, la possibilité reste plausible, à une seule condition toutefois : que la Charte des JIOI l’autorise. Et là, rien n’est gagné. « À la diplomatie française de faire son travail » résume Madi Vita, qui espère comme tout le mouvement sportif mahorais que le défilé derrière les couleurs bleu-blanc-rouge du 1er août dernier sera le premier d’une longue série.

 

Faïd Souhaïli