Faut-il relâcher ses efforts quand on sait qu’on n’a aucune chance de gagner ? Plusieurs fois durant ces Jeux des îles de l’océan Indien, les sportifs mahorais ont été confrontés à cette question. Mais la fin justifiant les moyens, certains n’ont pas hésité à le faire pour obtenir la seule qui chose qui compte, une médaille.

 

Avec treize médailles au compteur, la délégation mahoraise a largement explosé le record qui datait de la première participation en 2007 avec quatre médailles de bronze. Cette fois-ci, les Mahorais ont enfin décroché l’or grâce au lanceur de javelot Fahdédine Madi Ali et au sauteur en longueur Djassim Ahamada. Pour eux, pas de doute, il a fallu qu’ils se donnent à fond pour décrocher leur titre. Mais pour certains de leurs camarades en argent (6 médailles) et en bronze (5 médailles), il a fallu faire des choix pour décrocher la médaille, en levant le pied à certains moments.Les basketteuses ont gagné les deux matches nécessaires pour remporter la médaille de bronze avec la manière contre Maurice et les Seychelles.

Et oui si se donner à fond est l’une des clés de la réussite, connaître ses propres points forts et ses propres faiblesses l’est tout autant. Daouda Amboudi, médaillé d’argent à la hauteur le sait plus que quiconque. Adepte du décathlon, les sauts sont sa spécialité. Pour préserver ses chances de médaille, Daouda Amboudi a tout d’abord rangé au placard ses ambitions pour cette épreuve exigeante. Il a ciblé plutôt la perche et la hauteur pour se donner à fond sur ces deux épreuves. Si à la perche, il a fait chou blanc (un zéro pointé), en hauteur, la stratégie a payé.

Menées 3-0 à la mi-temps contre les Réunionnaises en demi-finale, les footballeuses mahoraises ont préféré lever le pied en seconde période pour se préserver physiquement pour le match pour la 3e place du lendemain cintre les Seychelles.

Savoir perdre pour mieux gagner

Les autres cas symptomatiques du dilemme auquel peuvent être confrontés les sportifs sont ceux qui se sont posés aux footballeuses et aux basketteuses. Dès l’entame du tournoi, elles savaient qu’elles ne pourraient viser la médaille d’or au vu du tirage au sort et de la supériorité des Malgaches et des Réunionnaises. Pour les basketteuses, l’objectif était clair : la médaille de bronze. En poule, il y avait un match à gagner, celui contre les Mauriciennes. Elles l’ont fait. Ensuite se profilait une rencontre contre Madagascar et une demi-finale contre la Réunion. Le premier match a été joué l’esprit libéré. Les Malgaches l’ont emporté évidemment, avec 20 points d’avance. Lors de la demi-finale, l’écart est monté à 40 points contre les Réunionnaises. Est-ce vraiment l’écart existant entre les deux formations ? Sûrement. Mais les Mahoraises n’ont pas joué à fond. Les entraîneurs ont fait tourner l’effectif en préservant leurs meilleures joueuses. Pourquoi ? Parce qu’un match pour la médaille de bronze plus accessible se profilait à l’horizon contre les Seychelles. D’ailleurs, celles-ci ont fait le même calcul contre Madagascar : défaite 106 à 32. Certains internautes ont regretté que les Mahoraises ne jouent pas à fond contre la meilleure équipe du tournoi invoquant un irrespect envers l’esprit du sport, les spectateurs assis dans les tribunes et les téléspectateurs regardant le match à la télé.

Daouda Amboudi (au centre) s'est vite reconcentré sur le concours de la longueur après un échec au concours du saut à la perche.

On ne se fatigue pas, il y a un match pour la médaille demain contre les Seychelles

Cependant, quand on est sportif et qu’on enchaîne les rencontres d’un jour à l’autre, mieux vaut savoir gérer ses efforts. Les entraîneurs de l’équipe de football féminine sont intervenus à la mi-temps de la demi-finale contre la Réunion pour distiller leurs consignes. « On ne se fatigue pas, il y a un match pour la médaille demain contre les Seychelles ». Même discours du côté réunionnais. Hosman Gangate dont les joueuses menaient 3 à 0 a demandé de faire tourner le ballon et ses joueuses se sont préservées en vue de la finale. Ou encore pour la demi-finale masculine de handball entre les Seychelles et Mayotte. Les Mahorais ont géré tranquillement leur avance ayant à l’esprit la finale du lendemain contre les Réunionnais. Alors au diable la manière, l’important, c’est de gagner. Ce n’est pas Adifane Hamada Noussoura qui nous dira le contraire. Le jeune sadois était en larmes à la fin de la finale perdue contre la Réunion. Ambitieux, celui qui a fait quelques mois en tant que professionnel en Angleterre n’a tout bonnement pas supporté l’issue d’un match pourtant maîtrisé de bout en bout par les Réunionnais. En effet, la possession de balle a plutôt été mahoraise, laissant croire que nos footballeurs avaient la mainmise sur la rencontre.

Jean-Freddy Barret (en rouge) tente de consoler Adifane Hamada Noussoura. Malgré une supériorité des Réunionnais, le jeune joueur de Sainte-Suzanne a dû mal à admettre la défaite des Mahorais.Mais les Réunionnais ont laissé le spectacle aux Mahorais pour se concentrer sur l’essentiel : profiter des erreurs des Mahorais pour les punir. Et ça n’a pas manqué. A la fin de la rencontre, ce sont les Réunionnais qui ont dansé au son des mkayamba et des tambours. Preuve une fois de plus que seule la victoire est belle. Si la manière peut être ajoutée, tant mieux, mais comme le dit si bien le tube « We are the champions » de Queen, il n’y a pas de place pour les perdants quand on veut être un champion. Et c’est bien les sportifs titrés dont on se souvient, très peu de ceux qui finissent aux places d’honneur.

 

Faïd Souhaïli