Hier, Florian Le Joly a apporté sa sixième médaille pour la délégation mahoraise en s’inclinant contre l’impressionnant Théo Pitaval en finale du tournoi de judo des moins de 73 kg. La performance est d’autant plus appréciable que Mayotte n’a pas de dojo.

Et on pourrait dire la même chose pour tous les sportifs présents dans la délégation mahoraise pour ces 9e Jeux des îles de l’océan Indien.

 

En bon compétiteur qu’il est, Florian Le Joly était boudeur hier à l’issue de son combat contre le Réunionnais Théo Pitaval. Balayé en 30 secondes sur un o-soto-gari, le Mahorais s’en voulait. « Physiquement, j’étais bien, j’avais une bonne garde, mais sur un petit décalage, il m’a surpris » nous a-t-il dit déçu dans les vestiaires. Pourtant, à bien y regarder, sa performance relève de l’exploit.

A Mayotte, les judokas n’ont même pas de dojo réservé. Ils doivent squatter des salles d’établissements scolaires aménagées avec des tatamis pour pratiquer leur sport favori. Avant 2009, il y avait bien un dojo au complexe sportif de Kavani. Mais depuis le délitement et la liquidation de l’Association de gestion des équipements sportifs départementaux (AGESDM), ce n’est plus qu’un lointain souvenir, la salle n’étant plus entretenue, ni accessible.Soihirat El-Hadad, conseillère départementale de Pamandzi (à gauche) et Sidi Mohamed (6e vice-président du conseil départemental) entourent Fahdédine Madi Ali, le médaillé d'or du javelot. A eux de faire en sorte désormais que les athlètes mahorais puissent s'entraîner dans des infrastructures sportives décentes à Mayotte.

Autre difficulté pour les judokas : progresser et avoir des combats relevés relève de la mission quasi-impossible. « Nos adversaires ici se préparent depuis trois ans au moins et s’entraînent tous les jours » relève Kell Lapeyre, qui s’est incliné lors de son combat pour la médaille de bronze contre le Malgache Jonarison Nady en moins de 66 kg. Florian Le Joly soulève un autre point. « Il y a peu de combattants à Mayotte et pour se confronter à des adversaires plus relevés, il faut sortir de Mayotte. Or cela demande des moyens que nous n’avons pas » regrette-t-il. Ce constat est d’ailleurs le même pour le tennis. Sur les quatre Mahorais présents aux jeux des îles, trois évoluent dans l’Hexagone. « On n’a pas le choix, si on veut progresser au classement, il faut faire des tournois et affronter des adversaires plus relevés. En restant à Mayotte, ce n’est pas possible » explique l’entraîneur Bertrand Fruchou.Kadri Moendadzé a l'habitude de fouler des parquets impeccables à l'image de celui du complexe sportif du Port  grâce à son statut de joueur professionnel à Cholet en Pro A. Par contre, le plateau du Baobab sur lequel il a débuté est dans un état lamentable.

Nasrane Bacar a mis sur son compte Facebook une photo de chèvres vagabondant sur la piste d'athlétisme du stade de Kavani.

Mais là où les sportifs mahorais veulent voir les choses changer, ce sont les infrastructures sportives. En entrant dans la salle magnifique du Port, les basketteurs sont tombés des nues eux qui ont l’habitude d’évoluer sur des plateaux polyvalents en plein air et dont le bitume laisse à désirer : un parquet en bois impeccable, un tableau d’affichage qui leur permet de voir toutes les informations de la feuille de match, l’affichage des 24 secondes, bref tout pour évoluer dans de bonnes conditions. Pareil dans le dojo régional, même si les membres de la ligue de judo Réunion-Mayotte affirment que la configuration Jeux des îles est au-dessus de ce qui se fait d’habitude.

A Mayotte, il n’y a aucune installation qui pourrait accueillir ce genre de manifestations. Les terrains de football y compris celui de Kavani ressemblent à des champs de patates (hormis la pelouse synthétique de Bandraboua), la piste d’athlétisme est ouverte même aux animaux errants (la sprinteuse et médaillée de bronze Nasrane Bacar a d’ailleurs mis une photo de chèvres y divaguant sur son compte Facebook), les gymnases de Kavani et de Labattoir ne sont pas aux normes et ont des capacités d’accueil trop faibles, les courts de tennis se comptent sur les doigts des deux mains.Contrairement au stade de Kavani qui attend toujours sa rénovation, le stade Paul-Julius Bénard de Saint-Paul peut accueillir des manifestations sportives internationales.

Rien n'a changé depuis les derniers Jeux des îles en matière d'infrastructures

Il y a quatre ans déjà, les élus du conseil général présents aux Seychelles avaient pu voir ce qui nous séparent de nos voisins sur ce plan-là. Aux Seychelles, contrairement à la Réunion, il y a peu d’infrastructures de qualité, mais le peu qu’il y a sont aux normes internationales. C’est cet exemple-là qui devrait nous servir. Cette année, une délégation comprenant les conseillers départementaux Soibahadine Ibrahim Ramadani (président), Issa Issa Abdou (4e vice-président), Sidi Mohamed (6e vice-président), Soihirat El-Hadad (Pamandzi) et Bourhane Allaoui (Koungou) ainsi que des membres du cabinet du président sont venus soutenir les athlètes.

L'éclairage et la pelouse du stade Jean Allane à Saint-Benoît ont été refaits pour les Jeux des îles. Mais avant ces travaux, ils était opérationnels et bien meilleurs que ce que l'on peut voir à Mayotte.L’ancienne majorité de Daniel Zaïdani a donné les moyens de se préparer avec un budget avoisinant les 700 000 €. Les élus d’aujourd’hui n’ont pas hésité à poser avec les médaillés. Mais désormais, il faut avancer sur les infrastructures. Elles ne font pas tout, mais elles amélioreront la pratique de nos sportifs et donc leur qualité technique et leurs performances. Il y a quatre ans, les infrastructures sportives étaient globalement les mêmes qu’aujourd’hui. Dans quatre ans, il ne faudrait pas que le bilan reste le même car celui des médailles lui a largement été amélioré. Et la jeunesse de Mayotte mérite mieux que ce qu’elle a actuellement. A bon entendeur…

 

Faïd Souhaïli