Décidément, cette neuvième édition des Jeux des îles va rester dans les annales. Pour les Mahorais, parce que la moisson de médailles est déjà la meilleure de l’histoire, mais aussi pour toute une série de couacs qui sont survenus lors de cette fête sensée célébrer l’amitié et le partage entre les peuples.

 

« Cela pourrait être les derniers Jeux des îles de l’océan Indien. » Stéphane Mouezy, secrétaire général de la ligue réunionnaise de volley-ball n’est pas très optimiste quant à l’avenir de cette compétition créée en 1979. Il faut dire que cette édition réunionnaise déclenche tous les jours de nouvelles polémiques.Au départ, ce sont les conditions d’hébergement et les transports qui ont fait jaser. Le conseiller technique national de volley des Seychelles, Wojtek Fabianczyk a taquiné Vincent Nangue, le maire adjoint du village des Jeux devant les journalistes lorsque ceux-ci étaient invités pour visiter le lieu.
« Je peux me lâcher, vraiment tout dire ? » nous a-t-il dit, avant de se rétracter et de dire qu’il sortirait tout ce qu’il a en fin de séjour. Toutes les délégations, y compris celle de la Réunion, se sont plaintes de la petitesse des chambres (des chambres d’une résidence universitaire du CROUS où sont placées deux personnes au lieu d’une), de petits lits (quand on mesure 2 m et que le lit fait 1,90, bonjour les dégâts). « On avait un pavillon pour six aux Seychelles » regrettent ceux qui étaient aux Jeux en 2011.

La nourriture du restaurant universitaire est la seule chose qui ne fasse pas l'objet de critiques de la part des sportifs au village des Jeux.

Concernant le transport, Vinent Nangue reconnaît que certains prestataires ont pris les choses à la légère. Les sportifs attendent parfois de longues heures avant d’avoir un bus qui les déplace des sites de compétition vers leurs chambres. « Mais on travaille là dessus » explique le maire adjoint du village. Mais le plus gros couac, c’est bien évidemment le retrait de la délégation comorienne suite au défilé des Mahorais derrière le drapeau français lors de la cérémonie d’ouverture. Les Comoriens ont expliqué leur retrait par la violation de la fameuse Charte des Jeux qui stipule que les symboles de Mayotte doivent être le drapeau et l’hymne des jeux. Le ministre des sports Patrick Kanner a préféré passer en force avant que celle-ci ne soit modifiée.

Un remède encore pire que le mal


Mais ce problème franco-comorien que les autres délégations préféraient ignorer ou négliger leur est retombé dessus. Les membres du Conseil international des Jeux (constitué des représentants des comités olympiques de la zone) ont en effet décidé « pour calmer les esprits » de supprimer les hymnes pour tout le monde. Si Mayotte n’a pas le droit à la Marseillaise, les autres se privent de leurs hymnes aussi. Marthe Rasilinirina se fait confisquer son drapeau malgache sur le podium en raison d'un changement de règlementation pris le matin même par le Conseil international des Jeux.Ce remède en définitive est encore pire que le mal. Les athlètes et les spectateurs du stade Paul-Julius Bénard ont d’ailleurs repris tous les hymnes a capella après la cérémonie protocolaire pour donner le privilège aux athlètes d’avoir leurs hymnes. La Malgache Marthe Ralisinirina s’est vue confisquer son drapeau car il ne devait pas être brandie pendant la cérémonie protocolaire. Tout le stade a hué le geste !

Les lanceurs de javelot mahorais ont protesté le poing levé à la manière de Tommie Smith et John Carlos en 1968, avant de se draper du drapeau bleu-blanc-rouge et de chanter la Marseillaise, après la cérémonie protocolaire.Les lanceurs de javelot mahorais protestent contre la décison du CIJ de les priver de la Marseillaise alors que c'est la première fois qu'un Mahorais décroche une médaille d'or aux Jeux des îles de l'océan Indien.
Autre conséquence sur le plan sportif, il a fallu réorganiser les compétitions suite au départ des Comoriens. Au foot, un forfait a été entériné pour les Réunionnais et les Mauriciens, les préservant ainsi physiquement et leur assurant une place en demi-finale. Au volley, il y avait une poule de quatre équipes et une poule de deux chez les hommes, donc il a été décidé de faire deux poules de trois équipes, puisque la compétition n’avait pas encore commencé.
Au handball, il a été décidé de faire un match aller-retour dans les poules de deux, Réunion-Seychelles pour les hommes et Mayotte-Madagascar pour les dames. Une décision qui a mis hors de lui Badirou Abdou, l’entraîneur adjoint de la sélection de Mayotte. « Nous étions contre cette décision, ce match retour n’avait aucun intérêt, sinon nous faire perdre la première place du groupe suite à notre victoire 24-20. Mais nous avons montré sur le terrain que nous la méritions, les organisateurs voulaient éviter une demi-finale opposant les Malgaches aux Réunionnaises, ils l’ont désormais » fulmine-t-il.Les coachs Badirou Abdou et Ahmed Abdou se congratulent en compagnie de Salmi Madi Boinali après le match nul obtenu contre les Malgaches.

Enfin, la compétition de volley féminine est en sursis, tout comme les finales de natation. Ces dernières doivent se faire avec des lignes d’eau, bloquées à Roissy Pour le tournoi de volley féminin, c’est la participation de Myriam Kloster qui fait débat. Internationale française, la joueuse du Cannet fait peur aux Seychelloises et Mauriciennes. Ses deux délégations ont fait une réclamation sur les conditions de sa qualification. En gros, pour qu’un sportif puisse représenter Mayotte ou la Réunion, il faut qu’il soit français, qu’il soit natif de l’île ou qu’il prouve 5 ans de licence dans le territoire de façon discontinue ou sur les 3 dernières années consécutives.

Kloster exclue : les Réunionnais annulent le tournoi féminin de volley

Myriam Kloster est née à Montreuil mais a grandi à la Réunion. Elle a bien ses cinq années de licence, mais pour des raisons inconnues, la commission technique internationale a décidé de la disqualifier, de donner matches perdus à la Réunion, ce qui aurait provoqué l’élimination des Réunionnaises. Une action injuste pour les Réunionnais qui ont donc décidé de ne plus organiser le tournoi féminin. L’amitié et le partage entre les peuples de l’océan Indien sont bien loin désormais. Certains observateurs s’accordent même à dire que ce sont les pires jeux de l’histoire. Ce qui est sûr, c’est que s’il y a une volonté de sauver cette manifestation, il faudra travailler en amont et bien définir une bonne fois pour toute les conditions de participation des uns et des autres pour ne plus en arriver à tous ces couacs.

 

Faïd Souhaïli