Dans un peu plus de deux semaines, près de 200 sportifs mahorais seront à l’île Maurice pour participer aux 10e jeux des îles de l’océan Indien. Pour Mayotte, ce sera la quatrième fois depuis la création de ces jeux en 1979. Mais les conditions de participation sans drapeau ni hymne français agacent une fois de plus.

 

« Il faut arrêter cette mascarade ! » Les appels au boycott des Jeux des îles de l’océan Indien (JIOI) se multiplient ces derniers jours alors que la délégation mahoraise s’apprête à partir pour cette compétition quadriennale qui débute le 19 juillet prochain.

En effet, depuis la création de ces jeux en 1979, les Comores refusent de voir Mayotte participer en tant qu’entité française. Depuis 1975 et l’accession à l’indépendance des Comores, ce pays revendique l’appartenance de Mayotte et considère Mayotte comme étant un territoire occupé illégalement par la France.

Or pour les Mahorais, il n’y a aucun doute : Mayotte c’est la France ! Une volonté de rester dans l’ensemble français exprimé à plusieurs reprises par des référendums et des consultations dont la dernière en 2009 a permis l’accession de l’île au statut de département d’outremer en 2011.

publicEn 2015 à la Réunion, de nombreux supporters mahorais avaient garni les tribunes avec le drapeau tricolore.

Mais les JIOI se font sous l’égide de la Commission de l’océan Indien (COI). Un organisme intergouvernemental où les états prennent les décisions. Or au sein de cette COI, les Comores refusent d’entendre parler de Mayotte en tant qu’entité autonome. De 1979 à 1998, les Mahorais ne pouvaient participer que s’ils représentaient les Comores ou la Réunion. En 2003, les sportifs mahorais avaient été admis à participer mais sans les symboles français. Arrivés à Maurice, on leur a dit qu’ils ne pouvaient concourir que dans une même délégation France océan Indien avec les Réunionnais. Un pis-aller accepté pour les disciplines individuelles, mais impossible à réaliser pour les sports collectifs, chaque délégation française s’étant préparée de son côté. Et que ce soit du côté de la Réunion ou de Mayotte, la volonté est bien que les sportifs représentent leur île.

 

Les propositions de changement de la Charte des Jeux doivent parvenir 18 mois au moins avant le début des compétitions

En 2007, la charte des JIOI autorise enfin Mayotte à participer en tant que telle. Mais pour les remises de médailles et dans les cérémonies d’ouverture et de clôture, les Mahorais ne doivent en aucun cas arborer le drapeau bleu-blanc-rouge ni chanter la Marseillaise. A la place, les Mahorais défilent avec le drapeau des JIOI et ont droit à l’hymne des jeux.

Depuis lors, ce sont ces conditions qui sont imposées aux Mahorais. Ces conditions seront valables à Maurice, puisque la charte n’a pas été changée. Et pour changer cette charte, il faut le faire 18 mois au moins avant le début des épreuves. L'agitation actuelle est donc bien tardive pour faire bouger les choses. Et si les sportifs en dehors du podium ou si les supporters dans les tribunes arborent les symboles français, l’impossibilité de le faire lors des cérémonies protocolaires est vécu comme une véritable humiliation à Mayotte. D’où ces nombreux appels au boycott.

HamzadrapeauLe basketteur Hamza Ahamadi sera le porte-drapeau de la délégation mahoraise pour les 10e Jeux des îles à Maurice. Mais il arborera le drapeau des Jeux des îles et non le drapeau français.

Mais le mouvement sportif rappelle souvent que la solution ne vient pas des sportifs, mais des diplomates et des politiciens. Et de ce côté-là, Moroni cède difficilement. Si les Mahorais peuvent participer désormais, c’est parce que le président Chirac en 2005 a poussé Azali Assoumani à changer de position. Depuis lors, c’est le statu quo. En 2015, à la Réunion, lors de la cérémonie d’ouverture, les Mahorais ont défilé avec les Réunionnais derrière un drapeau bleu-blanc-rouge. Une provocation pour les Comoriens qui se sont retirés de ces jeux. Et un grand embarras pour les organisateurs réunionnais et les autres nations (Seychelles, Madagascar, Maurice, Maldives) qui considèrent que le gouvernement français était passé en force en piétinant la charte des JIOI.

Pour le mouvement sportif mahorais, partir en compétition sans les symboles français est un crève-cœur. Mais, pendant plus de 20 ans, les sportifs mahorais ne pouvaient représenter leur île lors de cette compétition. Aujourd’hui, y être est déjà une grande avancée. Et participer aux épreuves et remporter des médailles est la manière de convaincre les autres nations que Mayotte a toute sa place dans ces rendez-vous. Pour les dirigeants du CROS, boycotter serait un retour en arrière et donner satisfaction aux autorités comoriennes. La stratégie suivie est donc de participer en faisant du lobbying pour changer les choses de l’intérieur. D’autant plus que Mayotte n’a jamais eu l’opportunité d’organiser ces jeux et s’est porté candidate pour l’édition de 2027. Boycotter serait donc un message contradictoire par rapport à cette volonté d’organiser les JIOI. Et pour réussir ce pari de l’organisation, mieux vaut s’attirer les bonnes grâces des autres pays, quitte à avaler quelques couleuvres.

Faïd Souhaïli

 

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