La mosquée Masdjidil Djabar de Mtsangamouji a préservé son aspect atypique au prime abord.

Située au centre du village, son minaret aux formes anguleuses en fait une curiosité difficile à ne pas voir. On peut y lire notamment l'inscription suivante "Maison de l'islam, maison de la paix, venez à la paix." Mais depuis trois semaines, la mosquée verte est devenue la mosquée de la discorde.

Depuis le 27 février, ce sont plutôt des gravats au lieu des tapis qui accueillent ceux qui veulent y accomplir leurs prières. En effet, des habitants en colère ont décidé de détruire les murs intérieurs de la mosquée. Les portes et fenêtres ont été arrachées et tout le mobilier renversé.

Ce qui a provoqué cette colère, c'est le fait que des djaoulas, ces musulmans s'inspirant du mouvement tabligh et prêchant un culte rigoureux (en tout cas différent de celui traditionnellement en cours dans notre île) venaient y prier le vendredi. La majorité des croyants du village prient à la mosquée Masdjidil Akbar, la grande mosquée du vendredi située à quelques centaines de mètres en contrebas.

Cela fait dix ans que les croyants de Mtsangamouji avaient permis aux djaoulas de prier à la mosquée verte, mais ils n'auraient pas supporté l'arrogance et les prêches des djaoulas. "Ils nous insultent, ils perturbent notre prière du vendredi en poussant à fond des hauts-parleurs et ils font venir tous les djaoulas chassés de leur village. Ce n'est plus possible" ont fait entendre les "traditionnalistes".

Pour un désaccord de pratiques religieuses, fallait-il en arriver là ? Car même si les traditionnalistes se prévalent du fait que ce sont eux qui ont construit la mosquée Masdjidil Djabar et que par conséquent, ils peuvent la détruire, ces méthodes rappellent des épisodes où l'intolérance religieuse a conduit à des actes les plus sordides.

Il n'y a pas eu mort d'homme, heureusement, mais le symbole est fort. N'y avait-il pas moyen de trouver une solution par la discussion ?

Que va devenir la mosquée ? Les traditionnalistes veulent en faire une zawiya, un lieu d'apprentissage du Coran, mais aussi un lieu de pratique des maoulidas ou encore dahiras, des manifestations chantées que rejettent les djaoulas. Ces derniers ont eux l'ambition de reconstruire leur lieu de culte.

Les murs de la mosquée sont tombés, mais pas encore ceux de l'incompréhension entre les deux parties.

 

F.S.