Seul département français dont la majorité de la population est musulmane, Mayotte s’est longtemps sentie à l’abri de l’islam radical. Mais le signalement d’individus radicalisés a conduit les cadis, piliers de l’autorité religieuse musulmane, à se jeter dans la bataille.

 

C’est avec stupeur que la population mahoraise a appris la semaine dernière la mise en détention provisoire d’un jeune homme originaire de la commune de Mamoudzou pour recel habituel d’apologies du terrorisme. Dans un rapport d’enquête parlementaire sur la radicalisation religieuse, 9 cas de radicalisation religieuse étaient recensés à Mayotte au 15 mai 2015.

Le premier détenu pour radicalisation à Majicavo : http://mayotte.la1ere.fr/2015/12/08/le-premier-detenu-pour-radicalisation-majicavo-313143.html

Posté par Mayotte 1ère sur lundi 7 décembre 2015

Sur cette petite île de l’océan Indien située dans l’archipel des Comores, l’islam fait partie du quotidien. Celui-ci a toujours composé avec des croyances animistes venues des contrées voisines d’Afrique orientale et de Madagascar. Mais le jeune désormais détenu à la maison d’arrêt de Majicavo était en rupture avec ce modèle mahorais.

« Il faut enseigner la religion à nos enfants, ils doivent en avoir la connaissance suffisante pour qu’on ne leur dise pas n’importe quoi »

Pour empêcher que d’autres jeunes adoptent des idées radicales, la société mahoraise s’organise. Les cadis, dépositaires de l’autorité religieuse, prennent leur chapelet et vont répandre la bonne parole partout où ils le peuvent.
Samedi dernier, l’un d’entre eux, Attoumani Bacar était invité par des associations musulmanes du sud de l’île à Moinatrindri pour informer des dangers de la radicalisation. Aux côtés de Mireille Fayret, formatrice en droits et obligations des fonctionnaires et fondamentaux de la République, le dignitaire religieux a rappelé :
« la République et l’islam prônent tous deux le bien-être de l’humain et la liberté ».

En mars dernier, la mosquée Masdjidil Djabar de Mtsangamouji dans le nord de Mayotte a été saccagé par les habitants du village. Ils considéraient que les locataires des lieux étaient des fidèles rigoristes et intolérants à l'islam traditionnel mahorais.En mars dernier, la mosquée Masdjidil Djabar de Mtsangamouji dans le nord de Mayotte a été saccagée par les habitants du village. Ils considéraient que les locataires des lieux étaient des fidèles rigoristes et intolérants à l'islam traditionnel mahorais.

Attoumani Bacar soutient :
« Il faut enseigner la religion à nos enfants, ils doivent en avoir la connaissance suffisante pour qu’on ne leur dise pas n’importe quoi ». Hamada Maoulida Abdou, président de l’Association musulmane éducative et culturelle de Moinatrindri, estime que la radicalisation commence avec la remise en cause de l’autorité traditionnelle des cadis. Il condamne notamment ceux qui souhaiteraient importer à Mayotte des doctrines musulmanes intégristes.

Hamada Maoulida Abdou estime que c'est par une meilleure connaissance de l'islam que les jeunes mahorais se détourneront du radicalisme religieux.Hamada Maoulida Abdou (debout avec les bouteilles) estime que c'est par une meilleure connaissance de l'islam que les jeunes mahorais se détourneront du radicalisme religieux. 

Les cadis appelés à la rescousse pour ramener la paix sociale

 

Les cadis ont vu une grande partie de leurs pouvoirs disparaître avec la départementalisation effective depuis le 31 mars 2011. Ils faisaient office d’officiers d’état civil et de notaires en droit coutumier. Aujourd’hui, ils sont réhabilités en tant que médiateurs sociaux et régulièrement appelés à la rescousse par le préfet de Mayotte lorsque la situation sociale dégénère.
Ils sont même les premiers bénéficiaires d’un diplôme universitaire intitulé « Valeurs de la République et islam » avec les aumôniers hospitaliers et pénitentiaires de l’île.

Ce sont donc eux qui sont envoyés en première ligne pour faire une campagne de sensibilisation contre les éléments radicaux. En parallèle, la préfecture de Mayotte a relayé localement une campagne nationale du ministère de l’Intérieur contre le djihadisme.
Elle y incite fortement les familles mahoraises à signaler les hommes et femmes qui changeraient brutalement de comportement et qui se replient sur soi.

Faïd SOUHAÏLI