Marine Le Pen s’est qualifiée au second tour de l’élection présidentielle en terminant derrière le candidat d’En Marche ! Emmanuel Macron. Au plan local, c’est françois Fillon qui a terminé premier. Et Marine Le Pen arrive en seconde place. Une position qui pourrait paraître surprenante pour un département où la majorité des habitants sont Noirs et musulmans. Mais ce résultat n’étonne personne, tant le ressentiment des Mahorais envers le gouvernement sortant est énorme.

 

« Marine Le Pen n’a jamais autant serré de mains à des Noirs et à des musulmans qu’ici à Mayotte. » C’est ainsi qu’ironisaient les militants des Républicains ou encore du parti socialiste lors de la venue de Marine Le Pen à Mayotte en novembre dernier. Aujourd'hui, ils rient jaune et c'est bien le Front national qui est qualifié au second tour de l'élection présidentielle.

Malgré les dérives racistes de nombreux de ses militants et un passé plus que chargé du parti dans ce domaine, la présidente du Front national a été accueillie comme une rock star sur notre île. Colliers de fleurs, mbiwis, bain de foule, « Mariama » comme elle a été rebaptisée, a été traité comme une reine. Et le fait que la candidate du FN soit empêtrée dans des affaires d’emploi fictif ne change rien à l’affaire.

Il faut dire que les Mahorais dans leur grande majorité considèrent que le problème n°1 de l’île est l’arrivée des étrangers en situation illégale en provenance des îles voisines. Et après avoir voté Ségolène Royal et vu exercer Nicolas Sarkozy, puis voté pour Sarkozy et subi Hollande à l’Elysée, ces deux derniers présidents n’ont pas su répondre au phénomène. Tous ont augmenté les effectifs de la police aux frontières (PAF), mais pas suffisamment pour les organisations syndicales, ni pour le citoyen lambda. Les kwassa, ces embarcations qui embarquent les candidats à l’eldorado mahorais continuent d’arriver chaque jour depuis Anjouan.

Des femmes venues assister au meeting de Marine Le Pen à Mtsahara expriment leur exaspération de voir des étrangers venus d'Anjouan par les kwassa-kwassa.

Marine Le Pen elle est venue dire aux Mahorais qu’elle stopperait l’immigration clandestine, qu’elle supprimerait le droit du sol, qu’elle favoriserait en priorité les Français pour l’accès aux soins et à l’éducation.

Ses mots ont sonné comme de douces paroles aux oreilles des Mahorais qui considèrent ne plus être chez eux et ne pas bénéficier de leurs droits légitimes. L’État en charge de la construction des écoles n’arrive pas à suivre la cadence de la démographie scolaire (mais avec plus de 25 naissances par jour, qui y arriverait ?), les médecins et personnels paramédicaux fuient Mayotte en raison des conditions de travail insupportables (cadences infernales en raison d’une affluence énorme et un manque de médecins) et du climat de violence qui règne chez nous.

Les Outremer, des territoires oubliés à Paris

Rien ne dit que le Front national sera capable de faire mieux que les Républicains ou les socialistes. D’ailleurs, la tâche est ardue. Mais les Mahorais par leur vote pour « Mariama » ont signifié leur colère, leur exaspération et surtout leur désespoir. Ce vote est un vote de protestation, pas d’adhésion. Un vote pour dire à la classe dirigeante de Paris que Mayotte est un enfant oublié de la République au même titre que les autres départements ou collectivités d’Outremer, ce qu’explique très bien Patrick Karam dans sa tribune libre publiée chez Marianne. Un département où l’eau manque, où de nombreuses infrastructures sont à construire, où l’immigration clandestine pèse sur tous les domaines de la vie et où les retards sont immenses. Un département qui aurait besoin d’au moins la même somme que les Guyanais (3,5 milliards d'euros), mais dont le gouvernement vient de revenir sur sa parole de financer l’aide sociale et les paiements indus du conseil départemental à hauteur de 40 millions d’euros.

 

Marine Le Pen au marché de Mamoudzou avec des comerçants et des cadres de la fédération de Mayotte.

Alors pour rappeler à Paris que nous existions, 27 % de ceux qui ont voté ont mis le bulletin « Mariama » dans l’urne. C’est plus de dix fois plus qu’en 2012 ! Et c’est sûr qu’avec un score pareil, des questions se poseront à Paris. Et si personne ne cherche à savoir pourquoi les Mahorais sont en colère, ce sera très grave.
Au fond, les Mahorais sont loin d’être marinistes et savent à quel point les soutiens de « Mariama » ont horreur des musulmans, des Noirs. Mais c’est la seule potion qu’ils n’ont jamais avalée. Et même si la pilule est amère, ils veulent l’essayer et sanctionner les partis de gouvernement. A Mayotte, François Fillon est arrivé en tête des votes car il a bénéficié de l’aura de Nicolas Sarkozy. François Fillon était alors premier ministre et l’ancien président de la République avait consulté les Mahorais pour le passage au département.

 

Marine Le Pen en meeting à Mtsahara en novembre dernier

C’est comme cela que les nombreux électeurs que nous avons rencontrés justifient leur soutien au vote Le Pen. Et ils promettent de continuer car avec Emmanuel Macron, lui aussi venu en campagne à Mayotte, ça ne colle pas  non plus. Celui-ci a expliqué que tant que l’Union des Comores voisine ne se développerait pas, l’appel d’air vers Mayotte ne serait pas résolu. Une réalité, mais qui serait mieux passée s'il avait parlé également du développement de Mayotte.
Là encore, le message a été reçu 5 sur 5, et Emmanuel Macron a été sanctionné malgré le soutien de poids lourds de la politique locale comme l’ancien président du conseil général Saïd Omar Oili ou encore Sarah Mouhoussoune, Jacques Martial Henry ou encore Harouna Colo du MDM.

Le résultat du Front national n’étonne personne finalement, la gauche et la droite ont largement contribué à son émergence. Il faut donc interpréter ce résultat comme un cri d’alarme. Un cri qui a été entendu par Marine Le Pen, mais pas assez par les autres partis. Un cri plus fort que l’abstention qui pourtant a battu des records avec un taux de 56 %.

 

F.S.

 

Rappel des résultats de la présidentielle à Mayotte

  • M. François FILLON Les Républicains 32,60 %
  • Mme Marine LE PEN Front national 27,28 %
  • M. Emmanuel MACRON En marche ! 19,13 %
  • M. Jean-Luc MELENCHON La France insoumise 8,39 %
  • M. Benoît HAMON Parti socialiste 4,34 %
  • M. Nicolas DUPONT-AIGNAN Debout la France 3,08 %
  • M. Philippe POUTOU Nouveau Parti anticapitaliste 1,88 %
  • M. François ASSELINEAU Union populaire républicaine 1,23 %
  • Mme Nathalie ARTHAUD Lutte ouvrière 1,00 %
  • M. Jean LASSALLE Résistons ! 0,57 %
  • M. Jacques CHEMINADE Solidarité et Progrès 0,50 %