Depuis 1958, les Mahorais ont réclamé le statut de département français, notamment pour ancrer définitivement le territoire au sein de la République. Celui-ci a été obtenu en 2011, mais depuis, c’est globalement la soupe à la grimace. Aujourd’hui, un autre processus s’enclenche pour être plus en phase avec les attentes des Mahorais.

 

Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras ! Voilà le principe qui a prévalu en 2009 lorsque les Mahorais ont répondu à 95,2 % oui à la question suivante « Approuvez-vous la transformation de Mayotte en une collectivité unique appelée “Département”, régie par l’article 73 de la Constitution, exerçant les compétences dévolues aux départements et aux régions d’outre-mer ? ». Et en matière de « tu l’auras » concernant le département, les Mahorais ont tellement attendu, qu’ils n’ont pas vraiment fait de chichis quand Nicolas Sarkozy, alors président de la République, leur a dit « cette fois, c’est la bonne ! »

Ben Kassim Ali Hamidi (à gauche au premier plan) au dernier meeting de la campagne pour le oui au département à Sada, le 27 mars 2009. Sept ans ont passé et le greffier du grand cadi souhaite désormais un département qui laisse la place aux spécificités mahoraises et notamment l'institution cadiale, l'autorité religieuse traditionnelle des Mahorais.

Territoire d’outre-mer en 1975, collectivité territoriale en 1976, collectivité départementale en 2001 et enfin département en 2011, les statuts se sont succédé sans vraiment satisfaire les Mahorais. Aujourd’hui, le conseil départemental organise un colloque sur le toilettage institutionnel de Mayotte. « On veut évoluer, tout en conservant nos traditions » a indiqué un représentant du cadi. Auparavant, ce statut de département était vu comme la garantie absolue de se séparer des autres îles de l’archipel des Comores. En fait, ce n’est pas le statut qui importe, mais plutôt la volonté des habitants des territoires.

Le statut de département en Algérie n'a pas empêché l'indépendance

L’Algérie était composée de trois départements, cela ne l’a pas empêché d’obtenir son indépendance en 1962. La Polynésie française, Wallis et Futuna ou encore Saint-Pierre et Miquelon ne sont pas départements et sont bien français. Que ce soit pour l’Algérie ou pour les territoires sus-cités, un point commun : la volonté du peuple.

Ici à Mayotte, les habitants veulent rester français. Quoi qu’il en soit, l’évolution statutaire de l’île dépendra de ses habitants.

Or aujourd’hui, les Mahorais disent oui au département, mais oui aussi aux spécificités mahoraises. Anoir Chanfi, agent du conseil départemental l’a expressément annoncé : « Fiscalité, culture, histoire, justice, tout est lié à la religion musulmane. Et l’on ne peut pas s’épanouir dans l’aliénation, c’est-à-dire, la perte de notre identité ! »

"On ne bâtit pas une société en refusant ce qu'on est"

Mohamed Moindjié, adjoint au maire de Mamoudzou en charge de l’aménagement lui a emboîté le pas : « La base de la société mahoraise est composé de deux piliers : l’islam et le groupe. On ne bâtit pas une société en refusant ce qu’on est. » Celui-ci a résumé le défi que les Mahorais doivent réussir pour adopter un nouveau statut. « Dans une société laïque, comment vit la religion ? Comment mettre en valeur notre côté communautaire ? »

Un arbre de Noël à quelques mètres d'une mosquée : une vision qui fait s'étrangler les plus traditionalistes des Mahorais, mais qui illustre parfaitement l'avancée des habitudes culturelles françaises sur notre île.

Depuis 2003, une révision constitutionnelle s’est opérée. Chaque collectivité d’Outremer relevant de l’article 73 de la Constitution peut demander des adaptations à l’application d’une loi. Auparavant, la loi adoptée à Paris, s’appliquait de la même façon à Pointe-à-Pitre, Saint-Laurent-du-Maroni ou au Tampon. « Il peut y avoir adaptation à l’initiative du législateur ou à l’initiative des collectivités qui saisissent le législateur. Tout n’est pas possible, mais cela peut concerner également les compétences régaliennes comme la défense ou la justice. Des habilitations peuvent être données aux collectivités par l’État » explique Doris Privat-Tablon, doctorante et membre de l’Institut de Droit d’Outre-Mer.

En gros, chaque territoire peut se construire son propre statut, fini le département copié-collé. Mais pourquoi diable ne pas avoir travaillé dessus avant alors ?

Des Mahorais bien silencieux en 2009 quand les autres DOM explosent

Tout simplement parce que les Mahorais sont méfiants ! Avant d’être sûr d’avoir le département, il ne fallait pas mécontenter le gouvernement français. Quand la grève générale contre la vie chère a été déclenchée en Guadeloupe en 2009, puis propagée dans les quatre autres DOM, avez-vous entendu Mayotte ? Bien sûr que non, d’autant plus que la campagne électorale pour la consultation visant à adopter le département se déroulait durant la même période. En revanche en 2011, une fois le département obtenu, le verrou a sauté et nous avons eu droit à notre grève de 44 jours contre la vie chère.

Alors, vaut mieux tard que jamais pour affirmer ce que les Mahorais veulent dans leur département. Un autre département est possible. Aux forces vives de Mayotte de réfléchir lequel. Sachant que l’État n’acceptera pas tout et qu’il faut une unité absolue des élus et un dossier en béton quand ils iront négocier à Paris. Et on le sait, les occasions où nos élus se rendent à Paris unis sont rares, très rares.

 

Faïd SOUHAÏLI