Mayotte accueille jusqu’à la fin de la semaine le 25e congrès de l’ACCD’OM. Le thème choisi cette année est l’impact de la loi NOTRe sur les collectivités territoriales. Il fut question également de l’égalité réelle. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que contrairement à ce que l’on pourrait penser, les inégalités ne naissent pas toutes à Paris.

 

L’égalité réelle, tout le monde en parle en ce moment, mais peu de gens connaissent sa définition exacte. Lors d’un atelier du congrès de l’Association des communes et collectivités d’outre-mer (ACCD’OM) qui s’est tenue à l’hôtel Sakouli ce mardi, le député Ibrahim Aboubacar s’est collé à l’explication de texte. Après tout, c’est lui qui a porté ce texte à la tribune du Palais Bourbon pour le groupe socialiste. « L’objectif de ce texte est double. D’une part, il faut résorber les écarts entre les DOM-COM et la métropole en s’appuyant sur des indicateurs socio-économiques que sont le PIB par habitant, le revenu moyen des habitants, le taux de chômage et le seuil de pauvreté. D’autre part, il faut réduire les écarts existant à l’intérieur même de ces collectivités ».


Ibrahim Aboubacar : L'Assemblée adopte la loi... par GroupeSRC

 

Pour ne prendre que le PIB, Yvan Dejean, membre du cabinet du Sidelec (Syndicat intercommunal d’électricité de la Réunion) et membre du parti communiste réunionnais (PCR) a exposé des chiffres éloquents : 7 000 € par habitant et par an à Mayotte, 20 000 € à la Réunion et 30 000 € dans l’Hexagone. Sans compter, la vie chère, les prix des billets d'avion, celui de l'alimentation, des matériaux de construction, etc. Le chemin est donc encore long.

Souvent, on met en avant les écarts créés par Paris. Mais lors de cet atelier, Pierre Porlon, 3e adjoint à la ville du Moule et vice-président de la communauté d’agglomération du Nord Grande Terre (CANGT, Guadeloupe) a pris la parole pour indiquer que certaines inégalités n’avaient aucun rapport avec le projet de loi sur l’égalité réelle. Pire, ces inégalités sont créées par les élus eux-mêmes.

Pierre Porlon, 3e adjoint au maire de la ville du Moule

 

"Sur une même fiche de poste, les agents peuvent avoir des salaires complètements différents selon leur statut, ce qui crée bien évidemment des inégalités."

 

 

« On a un problème structurel. Si on respectait réellement l’égalité, on se conformerait aux critères métropolitains qui font que pour une commune de x habitants, il faut y agents. Or, ce n’est pas comme ça que cela se passe en Outre-mer. On a créé des inégalités en créant des administrations en sureffectifs. Et en plus, on a créé trois catégories de salariés : les titulaires, les permanents (CDI) et les contrats privés. Oui, il faut qu’on se le dise, on est entre nous, c’est nous qui avons créé ces inégalités ! »

Un autre élu réunionnais a précisé son propos : sur une même fiche de poste, les agents peuvent avoir des salaires complètements différents selon leur statut, ce qui crée bien évidemment des inégalités. Celui-ci a expliqué que les collectivités ultramarines étaient tombées dans le piège de l’embauche à tout-va, en voulant jouer le rôle de pare-choc social. Il souligne : « Dans nos territoires, il n’y a pas de grandes industries comme en métropole, il y a beaucoup de chômage. »

Comme l’avait dit et assumé à son époque Saïd Omar Oili quand il était président du conseil général de Mayotte, les collectivités ont donc fait du social. Résultat des courses : elles sont en sureffectif, notamment pour les agents de catégorie C, mais manquent de cadres A et B.

Maurice Gironcel, maire de Sainte-Suzanne et Yvan Dejean, membre du cabinet du Sidelec (La Réunion)

 

La puissante UGTG d'Elie Domota a fait plier les élus de Guadeloupe

 

Pierre Porlon a donné quelques éclaircissements sur la situation en Guadeloupe. « Il y avait une liberté laissée au maire pour recruter et parfois même il le faisait sans en aviser le DGS. » Une liberté qu’ils ont payée chèrement. En effet, la puissante Union générale des travailleurs guadeloupéens (UGTG, syndicat d’Elie Domota) a exigé un alignement statutaire de tous les agents des collectivités avec leur titularisation. « Ils ont fait grève dans toutes les collectivités, les élus ont dû céder. Mais cela a eu de fortes conséquences sur nos finances. Cela a fait monter jusqu’à 72 % la part de la masse salariale pour le budget de fonctionnement. Et on l’a payé pendant 20 ans. Aujourd’hui au Moule, nous en sommes à 55 % du budget de fonctionnement. »

Encore une fois, les élus locaux doivent donc prendre leurs responsabilités. Au Moule, les recrutements ont été fortement freinés, la mairie a misé sur des cadres A et B et ne remplace quasiment plus les départs en retraite. Ibrahim Aboubacar a prévenu : les collectivités sont sollicitées pour définir le plan de convergence vers l’égalité réelle. A nos élus de ne pas rater le train.

 

Faïd Souhaïli