On parle souvent de sentiment d’insécurité, mais avec l’échec cuisant de la lutte contre la délinquance, les autorités doivent désormais composer avec le sentiment d’injustice. Avéré ou pas, ce sentiment constitue une grande menace pour la paix sociale.

Le manque de confiance grandissant envers les institutions judiciaires et les forces de l’ordre risque de donner suite à de nombreuses dérives, comme ces Mahorais de plus en plus nombreux à vouloir se faire justice eux-mêmes. Nous avons rencontré Joël Garrigue. Le procureur de la République n’hésite pas à mettre chacun face à ses responsabilités.

 

101 Mag : Est-ce que vous ressentez ce fossé qui se creuse entre la population et sa justice, ses forces de l’ordre ?

Joel Garrigue : Non pas vraiment parce que ces gens qui viennent nous dire que la justice ne fait rien pour eux, que la police ne fait rien pour eux, ce sont généralement ceux qui ne font pas appel à nous. Les gens qui déposent plainte comme je le répète inlassablement, je ne leur garantis pas qu’on va retrouver l’auteur de l’infraction dont ils ont été victimes, mais je leur garantis que le taux d’élucidation sera le même que dans n’importe quel département français.

 

101 Mag : Le fait que les gens ne viennent pas porter plainte, ça montre bien qu’il y a un certain malaise par rapport à ces institutions ?

JG : Ce n’est pas un malaise c’est un préjugé. Je vous le dis, les policiers et les gendarmes de Mayotte travaillent aussi bien que ceux de métropole. On peut leur reprocher de ne pas travailler mieux, mais pas de travailler plus mal. À partir de là, les Mahorais sont traités de la même manière que les autres

habitants du territoire français et ils bénéficient du même service. Mais ici, ce qui ne se rencontre pas ailleurs, c’est que les gens partent du principe que porter plainte ne sert à rien. Et je peux vous garantir que 100 % des gens qui ne portent pas plainte n’auront jamais de justice.

 

101 Mag : Vous ne vous demandez pas pourquoi ils ne le font pas ?

JG : (Énervé) Personne n’explique aux gens ce qui se passe aux audiences, ni au tribunal à longueur d’année. Il y a bien un moment où il serait intéressant que la presse s’intéresse un peu à ce qui se passe dans les tribunaux. Comment voulez-vous que les gens arrêtent de véhiculer des idées fausses si personne ne leur explique ça ? Partout ailleurs, la presse est aux audiences correctionnelles. À Mayotte personne ne vient. Évidemment que les gens vont avoir l’impression qu’on ne sort les moyens que quand il s’agit d’une personnalité importante. Parce qu’il n’y a qu’à ce moment-là que les médias viennent. Pourtant le reste du temps on est là, on juge. L’année dernière, on a jugé 20 % de dossiers de plus que celle d’avant. On se bagarre pour essayer de résoudre les problèmes des gens, mais tout le monde s’en fout. Pour la population, si on en parle à la télé ou dans les médias ça s’est passé, si on n’en parle pas ça ne s’est pas passé. Donc si de temps en temps on leur parlait d’autres affaires où l’on juge des gens dont tout le monde se fiche, ça permettrait de voir qu’on fait notre travail, quelle que soit la personne mise en cause.

 

101 Mag : Comme avec Monsieur Hariti Abdullah* ?

 

Halda Halidi

 

Vous retrouverez la suite de cet entretien dans le prochain numéro de 101 Mag qui sort dans quelques jours. Il est disponible par abonnement en contactant Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..