Cela fait plusieurs années que les Mahorais le disent : on n’est plus en sécurité chez nous. Mais apparemment, certains pensent que cet état de fait relève de l’affabulation. Malheureusement ces derniers jours, de faits divers violents nous incitent à croire que nous ne sommes bien plus près du cauchemar que du rêve.

 

 « Il faut bien distinguer l’insécurité, du sentiment d’insécurité ». C’est ce que la nouvelle directrice de cabinet du préfet de Mayotte, Florence Ghilbert-Bezard, lors d’une conférence de presse à la Case Rocher ce mardi 1er septembre. En charge de ce domaine particulièrement sensible chez nous, Florence Ghilbert-Bezard a rencontré les forces de gendarmerie et de police et envisage de faire la même chose avec les élus. En effet, pour la préfecture, tout le monde doit travailler de concert pour améliorer la sécurité. Elle a fait appel aux maires pour que des structures telles que le conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance deviennent vraiment efficaces.

En attendant que ce la se fasse, les Mahorais souffrent. Les récits de vols, cambriolage, agressions physiques voire viols sont quotidiens. Bon nombre d’entre nous avons peur de nous déplacer le soir. Nous roulons désormais vitres fermées avec la clim à fond dans les embouteillages, pour se protéger des vols à l’arraché que de jeunes garçons n’hésitent plus à effectuer au grand jour. Nos maisons ressemblent plus à des prisons avec leurs grilles métalliques qu’à une maison.

Un oncle poignardé, un frère tabassé, deux collègues agressées, etc.

C'est à Tsararano que s'est déroulé le hold-up violent contre un commerçant ce vendredi 4 septembre. Ses agresseurs lui ont donné des coups d'upanga et il a dû être hospitalisé au CHM àMamoudzou.

Personnellement depuis un an, cela m’énerve plus qu’autre chose quand on me parle de « sentiment » d’insécurité. Durant cette période, j’ai cru perdre un de mes oncles, poignardé par un cambrioleur qu’il avait retrouvé et auprès de qui, il tentait de récupérer son téléphone après avoir enquêté lui-même. Hospitalisé pendant presqu’un mois, il s’en est sorti, même si son poumon garde des séquelles.

Quelques mois avant, un de mes frères s’est fait tabasser pour ne pas avoir voulu donner son sac à dos à deux voyous qui passaient au rond-point du Baobab. Il a bien tenté d’alerter les passants voyant les choses mal tourner, mais il n’a rencontré que leur indifférence. Heureusement, une connaissance passait par là et a fait fuir les agresseurs.C'est dans le quartier des Hauts Vallons, réputé tranquille, que Me Buttet a subi une violente agression mercredi 1er septembre.

Deux de mes collègues se sont fait arracher leur sac à main avec tous leurs effets personnels, l’une à Mamoudzou, l’autre à Chiconi. L’une a été frappée à la tête avec une bouteille en verre. L’autre a été tenue en joue par des hommes cagoulés, armés de pangas (machette).

Des attaques contre les personnes au grand jour

Mais le stade de l’horreur s’est élevé cette semaine avec tout d’abord l’agression de Me Buttet, avocate exerçant chez Me Sevin, mais surtout celle du propriétaire du magasin Krishna à Tsararano. Dans le premier cas, trois hommes cagoulés (ça semble devenu normal pour les délinquants) l’ont rouée de coups sans voler ces effets personnels. Dans le deuxième cas, trois hommes cagoulés ont donné des coups de pangas à la victime qui a été admise au CHM pour y être opérée. Ils ont ensuite dérobé la caisse et se sont enfuit. Dans ces deux cas, il semblerait que les attaques ont été préméditées, bien préparées et se sont faites en plein jour. Dans les deux cas encore, ces victimes sont des proches d’amis.Florence Ghilbert-Bezard a mis hors d'eux les personnes ayant été victime d'agression en invitant les Mahorais à distinguer sentiment d'insécurité et insécurité.

Dans tous les cas, les auteurs de ces méfaits se sont évanouis dans la nature (pour l’agression de Me Buttet, les enquêteurs seraient sur une piste sérieuse). Alors, je veux bien qu’on me parle de sentiment d’insécurité, mais là, franchement, cette insécurité me touche trop ou mes proches pour la ressentir seulement comme un simple sentiment. Non, il faut le dire, l’insécurité règne à Mayotte. Les entrepreneurs ont tiré la sonnette d’alarme et si cela continue, personne ne viendra investir dans une affaire s’il sait qu’il se fera visiter dans les mois qui suivent.

Qui osera sortir pour aller en boîte, pour se rendre à un concert ou au restaurant de nuit, s’il sait qu’il risque de se faire dépouiller en chemin ? Pas grand monde. Les médecins et les enseignants ne veulent pas venir à Mayotte en raison de cette insécurité qui est une triste réalité. Ceux qui ont les moyens de partir n’hésitent pas à le faire. Mais malheureusement, tout le monde ne peut pas se le permettre. Alors, il faut vraiment prendre ce phénomène à bras le corps et que l’on retrouve ces bandits de grand chemin. Parce qu’en ne voyant aucune suite judiciaire, nous avons bien le sentiment que l’impunité règne. Et ça, ça n’est jamais bon car au bout d’un moment, l’envie de se faire justice soi-même est forte. Avec les dégâts que cela pourrait causer pour le vivre-ensemble, qui de toute façon est bien parti pour mourir.

Faïd Souhaïli