Il ne s’agit pas ici retracer l’histoire de l’école française à Mayotte ; plutôt d’une analyse de cette école qui prend appui sur son histoire et qui en fait son objet. Une analyse qui insiste sur l’inscription de cette école française dans la société mahoraise et sur le rapport des Mahorais à elle. Et de se poser la question générale de son sens. Quel sens l’école française a-t-elle pu avoir ou a-t-on voulu donner à sa présence à Mayotte ?

Quel sens a-t-elle pu avoir et a-t-elle pour les Mahorais ? Quelle(s) représentation(s) en ont-ils ?

 

Pour tenter de répondre à ces questions, sans faire œuvre d’histoire – car ce n’est pas le propos –, il nous faut convoquer l’histoire de l’école française républicaine à Mayotte, non pour exposer des faits et des preuves témoignant de sa réussite ou de son échec, mais pour insister sur une rationalité, une rationalité qui la lie à l’histoire de l’État-nation français et à son déploiement hors de son cadre et espace d’avènement européen. C’est la rationalité économique, administrative et nationale : celle qui, selon F. Furet et J. Ozouf (1), fait de « la double autorité du marché et de l’État » le garant des rapports interindividuels, et cette autorité va être « scellée » par l’école comme un instrument idéologique d’uniformisation et d’intégration, et de « civilisation » des hommes – le paysan et le peuple –, et cette double autorité sera également incarnée par le contrat et par la loi.            

 

Donc une école pour une république une et indivisible.

 

          Il est intéressant d’évoquer, à propos de l’État-nation français, les propos de l’historien français F. Braudel qui affirme magistralement, dans un entretien télévisé diffusé le 18 juin 2003 sur la chaîne Histoire, que « ce sont les instituteurs [à savoir, les maîtres de l’alphabet et dépositaires des traditions littéraires européennes] qui ont fait la France une et presque indivisible ». Comment cela a-t-il pu se réaliser ? C’est l’Abbé Grégoire, cet artisan majeur la construction de la République française, qui nous explique le processus dans son fameux discours à la Convention nationale du 04 juin 1894, intitulé « Notre langue et nos cœurs doivent être à l’unisson » : « Mais au moins, dit-il, on peut uniformiser le langage d’une grande Nation de manière que tous les citoyens qui la composent puissent sans obstacle se communiquer leurs pensées. Cette entreprise, qui ne fut pleinement exécutée chez aucun peuple, est digne du peuple français, qui centralise toutes les branches de l’organisation sociale, et qui doit être jaloux de consacrer au plus tôt, dans une République une et indivisible, l’usage unique et invariable de la langue de la liberté. » Et il rappelle que : « Sur le rapport de son comité de salut public, la Convention nationale décréta, le 10 pluviôse, l’établissement d’instituteurs pour enseigner notre langue dans les départements où elle est moins connue. »

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Condro