Il parait que je suis mnafiky, d’où mon doux sobriquet de Dady Mnafiky. Il faut dire que j’entends beaucoup de choses, et j’en vois beaucoup aussi. Des fois, je me tais, puis d’autres fois, quand le public est de confiance… comme vous, je raconte un peu. Je suis originaire de Baraza-la-Oujouzi, rien ne m’échappe. Certains m’appellent RG… j’en rigole parce que, pendant ce temps-là, les vraies grandes oreilles nous narguent à Badamiers, sans problème.

 

En tout cas… les badry marchent, je vous avais dit que les badry allaient marcher. J’en étais sûre. La justice divine, traaaa. Amba, Kaweni, s’enflamme et vous croyez que ça arrive comme par hasard. Allah traaaa. Vous ne comprenez pas les informations que vous écoutez, quant à ces journalistes… ptssss, ils parlent dans le vide. La caravane de badry a sillonné les quatre coins de Mayotte, pour implorer la protection divine, avec son lot d’opportunistes, prêts à devenir les interlocuteurs privilégiés des Mahorais auprès d’Allah en échange d’un bulletin électoral, mais au moins ça a marché.

Je ne sais pas comment tu fais, toi, pour croire tout ce que ces voleurs de bulletins électoraux vous racontent. Tu es jeune, ma petite-fille, tu as été mise à l’école, tu n’es pas une nyombé comme moi, mais tu te fais toujours avoir.

Ne me regarde pas comme ça, au coucher du soleil, tu seras déjà sur le toit, à la cueillette du jasmin. Je t’ai vu hier. La prochaine fois, j’enlèverai l’escabeau comme ça tu seras coincée là-haut.

Amba, la machine de guerre est lancée pour les législatives. Et votre monsieur sécurité, il est partout et de tous les débats, frôlant même avec l’extrême et pourquoi pas, puisque, ça n’a pas l’air de gêner qui que ce soit ici. Son destin d’Élu fait qu’il doit de toute façon exercer le pouvoir et diriger le bas peuple, comme ce fut le cas pour ses ancêtres. C’est la course au pouvoir chanter l’autre, il faut croire qu’à certains endroits de l’île, on pense que le pouvoir leur appartient. S’il en faut un, ça sera l’un d’entre eux…

 

"Si tu es un ancien commissaire de police de Mayotte, et que ta femme veut voyager avec son parfum… là tu peux…"

 

Bientôt, les procurations des « je viens de » vaudront de l’or…

« Dady, justement, mon pot de crème pour cheveux crépus -avant-défrisés maintenant-nappy a été jeté à l’aéroport parce qu’on ne peut plus désormais voyager avec du liquide… 

— Tais-toi naïve, on aurait dû te mettre aux corvées domestiques… toi, au lieu de l’école. Et dire que tu es ma petite fille...

— Dady, ça n’est plus possible, depuis les attentats, la France est intraitable là-dessus… 

— Sauf si tu es un ancien commissaire de police de Mayotte, et que ta femme veut voyager avec son parfum… là tu peux… Tsiji… je ne sais rien, ne vois rien. La clé de ma bouche rouille au fond du lagon depuis des années »

Et puis tais-toi, c’est l’heure des informations, j’aime ce taximan, parce que tout le monde peut entendre les infos avec sa radio. Héhéhéhéeeeee, amba le Kondzo de Dzaoudzi est parti coopéré régionalement. Mashallah. Mayotte française ou comorienne ? La copulation régionale a déjà la réponse non ? Toi qui a ton mari, qui a reconnu plusieurs enfants comoriens et malgaches. Je l’imagine bien, notre Kondzo, avec sa tenue blanche virginale, être accueilli en tant que préfet de Mayotte, mais il devrait quand même murmurer ou tenter d’en parler, ou juste espérer qu’avec ce titre, envoyé en plus par le gouvernement français, le résident de Beit-Salam comprendra que l’île est française.

 

"Ne créez pas d’incident diplomatique ! " amba, c’est Baba Mfarantsa qui ose dire ça aux Mahorais ?

 

Mais, à Moroni, il est en terre conquise, il parait que les rares, qui n’ont pas leur nationalité, comprendre — la française — n’osent pas se balader dans la ville. Non, je n’exagère pas. Le seul déplacement, qu’ils osent faire, c’est aller à l’ambassade de France.

D’ailleurs, en parlant des Comores, amba sur fassebouk, la guerre a éclaté, entre Mahorais et Comoriens. Moi, je serai allée mettre du embuku à Mahabou et ils auraient vu… Après on va dire que je suis mnafiky, mais je ne fais que dire la vérité, vaho, les Serrez-la-main, ils dorment tous sous les dorures de la République ; ptssssss

Wassi wassi hunu madza rihedza bilé bulan ruju, maoré farantsa…

Mais le bilé bulan ruju n’a pas été hissé à Madagascar en cas de victoire des jeunes Mahorais aux Jeux de la CJSOI. Une mini-guerre a éclaté sur internet, là aussi entre Mayotte et les Comores et entre Mayotte et la mère patrie. Les Mahorais sont sur tous les fronts, et pendant ce temps-là, le gisement de pétrole indianocéan se négocie…

« Ne créez pas d’incident diplomatique ! » amba, c’est Baba Mfarantsa qui ose dire ça aux Mahorais ? Je vais finir par avoir le tournis à force de secouer ma tête. « Hey, chaufèra, éteint moi cette radio, je n’en peux plus d’entendre des bêtises. » Maskini, le temps du MPM…

La France a toujours été le grand mnafiky de cette zone, on me l’a toujours dit. Et on dit que je suis la porte-drapeau du unafiky, ce drapeau devrait être en bilé bulan ruju alors.

 Kouragna miteraka kouragna wanyawé, (d’une discussion née une autre discussion pour ceux qui n’ont pas encore acheté le dictionnaire kibushi). Je ne devais rien dire à personne, mais bon la clé de ma bouche rouille déjà au fond du lagon de toute façon et vous, faites pareil. Jetez les clés de vos bouches. Kouragna miteraka kouragna djira, la plupart des responsables des jeunes qui sont partis pour Madagascar, avaient déjà des numéros de téléphone malgache…  Je ne donnerai pas de noms, mais ça au moins, c’est une vraie coopération régionale.

 

Bon, il est temps de rejoindre ma cuisine, le batabata ne cuit pas tout seul…

 

Dady Mnafiky