Lire un livre est loin d’être le passe-temps favori des Mahorais. L’agence régionale du livre a donc expérimenté une nouvelle façon d’attirer les habitants de l’île au livre : le concert dessiné. Et ça marche !

 

« Nous voulons que les gens se fassent plaisir avec un livre. S’ils passent un bon moment, c’est gagné. » Clotilde Lambert sait que le défi est difficile à Mayotte. Dans une société où la parole donnée et les histoires transmises à l’oral comptent plus que tout, le livre a du mal à intéresser. Traditionnellement, lire pour les Mahorais, c’est d’abord lire le Coran, le livre sacré des musulmans, la religion majoritaire et qui imprègne presque tous les aspects de la vie. Ensuite, lire, c’est surtout la contrainte des manuels scolaires ou des ouvrages à étudier en français à l’école. Dans les deux cas, avoir un livre en main est plus une obligation.

Mais lire, c’est aussi élargir son horizon, voyager par procuration, vivre des émotions sans pareil, sans pour autant se transporter physiquement. Et c’est ce plaisir-là que l’Agence régionale du livre a voulu partager cette année en s’inscrivant dans l’opération d’envergure nationale « Partir en Livre ».

Un extrait du concert dessiné Sous le Tamarinier de Betioky joué à Chiconi le 22 juillet dernier.

Publié par 101Mag - Mayotte sur dimanche 30 juillet 2017

 

Celle-ci a pour objectif de faire sortir les livres de leurs rayonnages pour aller à la rencontre d’un public pas encore conquis. Pour réussir son coup à Mayotte, l’Agence régionale du livre s’est tout de même appuyée sur les particularités de l’île et de ses habitants.

Beaucoup de succès pour les livres de contes et légendes en shimaore

Bien que désormais, la majorité des Mahorais passent leurs soirées devant leur poste de télévision, il y a encore quelques années, ils avaient l’habitude de se réunir autour du feu et d’écouter les contes et légendes des anciens. Des histoires qui transmettaient les valeurs essentielles et des messages à portée pédagogique, par la métaphore. « Nous avons remarqué que les livres de contes et légendes en shimaore avaient beaucoup de succès et que les gens prenaient beaucoup de plaisir » précise Clotilde Lambert.

Aujourd’hui encore, l’importance de l’oralité habite les Mahorais. Et cette année, l’Agence régionale du livre a donc décidé d’organiser des concerts dessinés autour de la BD « Sous le Tamarinier de Betioky ».

L'accordéoniste Jean Piso et l'auteure Geneviève Marot.

Le concept a réuni deux artistes : l’auteure Geneviève Marot et l’accordéoniste malgache Jean Piso. Ce dernier avec ses acolytes Zina Ravalaoson et Jocelyn Ravelotiana a donné le ton en ponctuant le récit de Geneviève Marot de ses notes enjouées. Et de son côté, l’auteure a dessiné des planches à l’aquarelle qui raconte les péripéties de Jean Piso quand il était enfant.

Un rythme musical effréné

Avec une caméra placée au-dessus de ces dessins, Geneviève Marot a pu montrer la construction de l’histoire. Et l’accompagnement musical de l’orchestre malgache a complètement séduit les spectateurs. À Chiconi, les 200 personnes présentes ont eu du mal à rester en place, tant le rythme effréné invitait à se déhancher.

Jean Piso a commencé sa carrière d'accordéoniste en empruntant l'instrument de son grand-père pour garder les zébus dans son village de Betioky, à 160 km de Toliara, dans le sud de Madagascar.

« La musique est universelle, le dessin aussi. Madagascar aussi est un pays de culture orale et dans cet ouvrage, je fais en sorte de valoriser cette culture orale » explique Geneviève Marot. Celle-ci a aussi souligné que le livre à Madagascar était un produit de luxe pour une population qui vit avec moins d’un euro par jour.

Par conséquent, le concert dessiné a été le moyen de diffuser ce récit. Ici à Mayotte, la tournée de « Sous le Tamarinier de Betioky » a aussi comporté des ateliers dans les bibliothèques pour aller à la rencontre des jeunes. À chaque fois, l’approche est ludique, pour apprivoiser cet objet qui fait peur. Et le pari pour Clotilde Lambert a été gagné. Reste à le renouveler, mais cela dépendra aussi des moyens qui seront mis à sa disposition.

 

Faïd Souhaïli