C’est sous un soleil éclatant que s’est déroulée ce samedi 1er août la cérémonie d’ouverture des 9e Jeux des îles de l’océan Indien (JIOI) au stade Paul-Julius Bénard à Saint-Paul.

Et comme promis par le premier ministre Manuel Valls, les Mahorais ont défilé derrière le drapeau tricolore. Mais le porte-drapeau a été le Réunionnais Matthieu Dafreville.

Défiler sous la bannière tricolore française a longtemps été impossible pour les sportifs mahorais lors des Jeux des îles de l’océan Indien. En 2007 et 2011, c’est sous la couleur bleu ciel et les anneaux olympiques du drapeau des JIOI que les Mahorais avaient défilé, comme le stipule la charte et le règlement intérieur des Jeux. C’est encore ce règlement qui était en vigueur hier lors de la cérémonie d’ouverture, un règlement que dénonçaient de nombreux politiciens et sportifs mahorais. Mais, les sportifs faisaient avec. Or hier, le rêve est devenu une réalité pour les Mahorais.
C’est sous l’appellation France océan Indien et derrière le porte-drapeau réunionnais Matthieu Dafreville qu’ils ont arpenté la piste du stade Paul-Julius Bénard. Oublié donc le drapeau des JIOI, mais oublié aussi Soultoini Ali, le lanceur de javelot qui avait été désigné porte-drapeau de la délégation mahoraise. Celui-ci a du se mettre en retrait. Pour des raisons diplomatiques, c’est la France qui a donc défilé et non deux délégations françaises, comme cela se fait aux Jeux du Pacifique avec la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française (ses deux territoires défilent même avec deux drapeaux, le local et le bleu-blanc-rouge). Pour l’ancien député Mansour Kamardine, rien de plus normal. Alors que le Piton de la Fournaise est en éruption, il était évident de faire référence au volcan lors de la cérémonie d'ouverture des JIOI
« Nous sommes là en tant que Français. Chaque nation a un drapeau, fallait-il que la Réunion et Mayotte défilent avec deux drapeaux ? Je ne le pense pas. Le plus important, c’est de défiler derrière le drapeau français, c’est ce qui a été fait et cela a été un long combat. Le reste, c’est anecdotique. Aux sportifs maintenant de jouer et de faire retentir la Marseillaise en allant au-delà de leurs capacités physiques et morales. » Même état d’esprit pour le président de l’association des maires de Mayotte Saïd Omar Oili. « Il y a une France de l’océan Indien composée de deux entités, Mayotte et la Réunion. Elles ont défilé sous le même drapeau et c’est normal. »

Évidemment, cette situation a rendu furieux les responsables de la délégation comorienne. Hassane Mohamed Abdou, chef de la délégation a accusé, à raison, la France d’agir en contradiction avec les textes du Comité international des jeux (CIJ). Sa délégation a quitté le stade quelques minutes après avoir défilé en raison de l’apparition de Mayotte sous le drapeau farinais. Un peu plus tard dans la soirée, c’est un communiqué de la présidence de l’Union des Comores confirme le retrait de la délégation des jeux, une première là encore. Auparavant, 30 % des athlètes s’étaient vus refuser des visas entrainant le forfait de la sélection féminine de football contre la Réunion vendredi. Il se murmure toutefois que les demandes de visas aient été déposées tardivement à l’ambassade de France à Moroni, alors que la préfecture de la Réunion avait demandé à ce qu’elles soient déposés 45 jours avant le début de la compétition. A ce propos, la sélection masculine malgache a également perdu par forfait son premier match contre les Seychelles, en raison de l’obtention tardive des visas.

Le drapeau de Mayotte, c’est le drapeau français. La charte des Jeux n’est pas la bible révélée. Elle peut évoluer et doit évoluer comme le statut de Mayotte a évolué

Du côté français, on ne nie pas avoir marché sur les règlements des Jeux concernant Mayotte. Mais pour Patrick Kanner, ministre des Sports, il fallait marquer le coup. « Le drapeau de Mayotte, c’est le drapeau français. La charte des Jeux n’est pas la bible révélée. Elle peut évoluer et doit évoluer comme le statut de Mayotte a évolué » a-t-il affirmé au micro de Réunion 1ère ». Une manière indirecte de faire comprendre que les Jeux se déroulant sur le territoire français, l’Etat ne cèderait pas sur cette question de souveraineté.

Magnifique feu d'artifice pour clore le spectacle.Cet imbroglio diplomatique a fait oublier le côté festif et artistique (avec la présence de M’toro Chamou) de la cérémonie d’ouverture, célébrant le partage et le vivre ensemble des peuples de l’océan Indien. Des notions qui semblent être des utopies et loin de la réalité diplomatique. Le tout s’est conclu par un feu d’artifice. Pour les Mahorais, un objectif a été rempli, il faut désormais s’arracher sur le terrain pour décrocher une médaille d’or, ce qui serait là aussi une première.

 

Faïd Souhaïli